Cercle des Solidarités Francophones

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Publié : 27 juin 2016

Rencontre "pour un appel francophone contre la marchandisation de l’éducation"

Notre déjeuner de la FRANCOPHONIE du samedi 16 Avril 2016 à Paris, nous a permis d’aller à la rencontre de Madame Alexandra Draxler-Morsy dont Martine Robinot, Vice-Présidente, Responsable des manifestations du CSF, avait fait la connaissance lors de la rencontre le mois précédent, pour "un appel francophone contre la marchandisation de l’éducation" au siège de l’OIF.

Alexandra Draxler est américaine :
- Spécialiste de l’éducation à l’UNESCO (1972 – 2005).
- Secrétaire exécutive de la Commission Internationale pour l’Education pour le Vingt-et-unième Siècle (1993 -1996), dont le Président fut Jacques Delors. Le rapport de la Commission (L’Education : un trésor est caché dedans) fut publié dans plus de trente langues.
- Consultante et chercheuse (2005 – 2016) : technologies pour l’éducation, politiques et planification, évaluation, coopération pour le développement internationale.
- Fondatrice et vice-présidente de l’Association pour la promotion de l’éducation, qui fournit assistance technique et gestion de projets de développement.
- Conseillère principale à NORRAG, réseau de chercheurs et praticiens d’éducation pour le développement.
- Editrice associée de International Journal of Educational Development (Elsevier). Nombreuses publications.


À l’occasion de la Semaine de la langue française et de la Francophonie, un réseau d’organisations francophones de la société civile (dit « le Réseau ») s’est mobilisée contre la marchandisation de l’éducation, le 15 mars 2016, au siège de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Cette mobilisation fait suite, au niveau international, à une croissance sans précédent des acteurs privés dans l’éducation, notamment dans les pays à faibles revenus. L’investissement à grande échelle d’entreprises multinationales, entre autres, dans le marché très lucratif de l’éducation est sur le point de transformer totalement des systèmes éducatifs déjà fragiles. A titre d’illustration, le Libéria a ainsi récemment annoncé sa volonté de faire appel à l’entreprise privée Bridge International Academies pour dispenser l’éducation primaire dans le pays. Aussi, l’ impact de ces phénomènes en termes de qualité des contenus éducatifs, de ségrégation territoriale et d’inégalités sociales, et plus généralement de réalisation des droits de l’Homme, en fait un défi majeur pour les acteurs et les défenseurs du droit à l’éducation de tous tout au long de la vie. Cette tendance a été dénoncée par plusieurs rapports, résolutions, et recommandations de l’ONU ou récemment, de la Commission Africaine des droits de l’Homme. Cette rencontre du 15 mars 2016 s’est articulée autour des témoignages d’intervenants d’Haïti, du Maroc, de Tunisie et du Burkina Faso. Elle a été l’occasion unique de réunir quelque 80 participants autour d’un groupe unique de chercheurs, d’acteurs associatifs et syndicaux issus de trois continents, spécialisés dans le domaine de l’éducation ou des droits de l’Homme, soulignant réalités de terrain et mises en perspective des enjeux par des travaux de recherche et de plaidoyer. Nous remercions l’OIF, de son accueil chaleureux et convivial, ainsi que chacun des participants pour les idées et le dynamisme qui ont contribué au climat d’échange et de réflexion.


Intervention d’Alexandra Draxler, spécialiste des PPP dans l’éducation Mme Draxler, qui a longtemps travaillé pour l’UNESCO, a rappelé dans un premier temps que la marchandisation – ne se fait jamais – ne peut se faire sans subvention publique ! Dans cette perspective, il s’agit de concentrer l’attention sur l’utilisation des fonds publics, afin qu’elle ne devienne pas source de discrimination, voire de ségrégation. Dans un deuxième temps, Mme Draxler a insisté sur l’existence de divers types de marchandisation, l’offre d’éducation à but lucratif en n’étant qu’une parmi d’autres. La standardisation de l’offre éducative intéresse particulièrement les multinationales et le secteur privé (ainsi, les écoles low-cost travaillent-elles avec des contenus éducatifs standardisés sur tablettes électroniques). Dans un troisième temps, Mme Draxler a fait parler son expérience des PPP – partenariats public-privé – dans l’éducation. Le PPP est un mécanisme qui permet aux entreprises d’éviter les fortes surveillances et d’accéder facilement aux marchés. Dans le cadre des PPP, on demande alors aux entreprises d’abandonner la logique de profit afin de contribuer à l’intérêt général, pour aider l’humanité. Ce n’est, d’après Mme Draxler, qu’une vaste « blague ». Cette évolution est accentuée par le renouveau des outils technologiques dans le monde de l’éducation. Si ces technologies permettent de faire du profit, il n’y a pour l’instant aucune évidence du bon fonctionnement, de la qualité de ces instruments en termes éducatifs et pédagogiques. En réponse aux propos de Mme Draxler, Mme Bernardel est intervenue pour témoigner, car en Haïti, il n’y a pas d’électricité mais on distribue des tablettes. Cette standardisation, abandon de toute éducation personnalisée et localisée, est voulue par les états, dit-elle : parfois imposé sans condition. Il s’agit d’une « robotisation de la société », a ajouté M. Ghriss. Pour finir, Mme Draxler souligne avec force que la standardisation est aussi celle des normes (classement PISA, bac internationaux), qu’il s’agit de marchandiser le mesurable. Qu’on donne alors plus d’importance au mesurable, qu’aux personnes mesurées.

Extrait du rapport mentionné ci-dessous.


Vous trouverez ci-dessous le lien pour télécharger le rapport publié par ficemea

http://www.ficemea.org/ ?p=3613

couv rapport 15/03/16